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20 juin 2026

Le parfum de l'été

Le début des années 80 marque un tournant pour le Brésil. Alors que le pays sort péniblement des années de dictature militaire, une icône rousse, Rita Lee, lâche une bombe musicale : "Lança Perfume".

C’est un véritable cri de ralliement pour la liberté sexuelle et festive. Le titre lui-même est une provocation : le lança-perfume était à l'origine un solvant à base d’éther, vaporisé durant le carnaval de Rio pour ses vertus euphorisantes avant d'être interdit. Cette ivresse chimique infuse chaque mot du texte, notamment le célèbre : « Me vira de ponta-cabeça / Me faz de gato e sapato » (Retourne-moi la tête / Fais de moi ce que tu veux).

Face à ce raz-de-marée rythmique, Henri Salvador ose une adaptation, toujours à l’affût pour reconquérir son public en ce début de décennie. Le titre devient "Question de choix" en 1981.

Mais attention, Salvador ne traduit pas, il adapte. Là où Rita Lee célébrait l'abandon des sens et l'extase, Henri préfère explorer les méandres de l’indécision amoureuse. Le refrain délaisse la sueur du carnaval pour le feutré du dilemme : « C'est une question de choix / On ne sait jamais par où commencer ».

Si l'élégance de Salvador et sa capacité à « franciser » la chaleur brésilienne forcent le respect, le cœur du morceau semble rester de l'autre côté de l'Atlantique. Entre la retenue d'un dilemme sentimental et l'ivresse brute d'un soir de fête à Rio, mon cœur ne balance pas : je choisis sans hésiter la folie libératrice de Rita Lee.

Et vous, plutôt réflexion ou déraison ?

Bonne écoute !

1981 Henri Salvador – Question de choix

12 juin 2026

En Courant... après un bonheur ephemère.

En 1975, le public découvre sur grand écran le film Mahogany, réalisé par Berry Gordy, le célèbre patron de la Motown. En vedette, on retrouve Diana Ross dans le rôle de Tracy Chambers, une jeune femme issue des quartiers pauvres de Chicago qui devient un mannequin et une styliste de haute couture adulée à Rome, avant de réaliser qu'elle s'est perdue en chemin. Le thème musical du film, "Do You Know Where You're Going To", fait directement écho au dilemme de l'héroïne : « Sais-tu où tu vas ? Aimes-tu ce que la vie te montre ? »

Pourtant, contrairement aux idées reçues, Diana Ross n'est pas la première à avoir posé sa voix sur ce titre. La chanson a été initialement enregistrée en 1973 par Thelma Houston (sans aucun lien de parenté avec Whitney). Cette première version, une ballade pop, passe alors totalement inaperçue. À tel point que le titre n'apparaît sur aucun album à l'époque ; il faudra d'ailleurs attendre 2005 et une réédition pour les 30 ans de l'album contenant « Don't Leave Me This Way » pour enfin la découvrir. C'est le compositeur Michael Masser qui décidera de retravailler l'arrangement pour lui donner le souffle symphonique qu'on lui connaît aujourd'hui.

Nommé pour l'Oscar de la meilleure chanson originale en 1976, le titre fait sensation lors de la cérémonie : Diana Ross l'interprète en direct via un écran géant depuis Amsterdam, où elle est alors en tournée. En coulisses, l'ambiance est pourtant électrique. Le compositeur Michael Masser et le parolier Gerry Goffin se disputent juste avant l'événement, Masser refusant que Goffin l'accompagne car il s'attribue le mérite principal du morceau. Ils resteront fâchés des années durant. Si la chanson rate l'Oscar, elle n'en devient pas moins un immense tube mondial, ouvrant la voie à une multitude de reprises, comme vous le découvrirez ci-dessous.

Parmi elles, la France n'est pas en reste. En 1976, la chanteuse Nicole Rieu est sous les projecteurs après avoir décroché la 4e place à l'Eurovision l'année précédente avec le culte "Et bonjour à toi l'artiste". Elle s'approprie le thème de Mahogany grâce à une superbe adaptation signée Pierre Delanoë, intitulée "En courant". Là où la version américaine narre les pièges de la gloire, la déclinaison française prend la forme d'une confidence intime. Elle s'adresse à un amant qui s'étourdit dans le mouvement et passe à côté de l'essentiel : « En courant après le bonheur, / Après le soleil, après le vent d'ailleurs, / Tu vas casser ton cœur... »

Bonne écoute.

PS : dommage ce film ne semble pas disponible en VF !


1975 Diana Ross – Do You Know Where You're Going To (Theme from Mahogany)

05 juin 2026

Un voyage sans retour.

Une fois de plus, nous plongeons au cœur des racines de la musique folk, avec une mélodie qui voyage de tragédie en tragédie, changeant de contexte à chaque escale.

À l'origine "The Ship That Never Returned" est une complainte victorienne classique : un jeune homme prend la mer pour sauver la fortune de sa mère, lui promettant de revenir. Hélas, il ne reviendra jamais. À l'époque, cette chanson fut un immense succès de salon. Elle jouait sur la peur réelle et constante des naufrages, une thématique qui garantissait de faire pleurer dans les chaumières. Je vous propose une version plus moderne par les Hawking Brothers parue en 1975.

Dans les années 1920, la mélodie quitte l'océan pour les rails sous le titre "The Wreck of the Old 97". Elle relate une catastrophe réelle survenue le 27 septembre 1903 en Virginie : le train postal "Old 97", en retard, dérailla dans un ravin alors que son mécanicien tentait de rattraper le temps perdu. Ce titre devint l’un des premiers "méga-hits" de la musique country. Son succès fut tel qu'il déclencha une bataille juridique monumentale sur les droits d'auteur, plusieurs personnes revendiquant la paternité des paroles. Ce disque prouva que la musique "Hillbilly" pouvait rapporter des centaines de milliers de dollars. Johnny Cash interprètera une version du titre en 1957.

Enfin, avec "M.T.A.", la mélodie devient culte pour la génération folk. Écrite par Bess Lomax et Jacqueline Steiner, elle raconte l'histoire de Charlie, un passager coincé dans le métro de Boston (la MTA) car il lui manque les 5 cents nécessaires pour payer la nouvelle "taxe de sortie". À l'origine, il s'agissait d'une chanson de campagne pour Walter A. O'Brien, un candidat progressiste à la mairie de Boston qui luttait contre l'augmentation des tarifs. Le Kingston Trio reprend le titre en 1959, mais doit en modifier les paroles : pour éviter la censure radio en pleine période de maccarthysme (O'Brien étant lié à la gauche radicale), ils gomment le nom du politicien.

Une question subsiste pourtant depuis 1959 : « Si sa femme peut lui donner un sandwich chaque jour à travers la vitre, pourquoi ne lui donne-t-elle pas simplement les 5 cents pour sortir ? ». 

Est-ce qu'Eileen nous apportera la réponse en 1964 avec son adaptation "Le métro de Boston" ? À vous de le découvrir...

1975 The Hawking Brothers – The Ship That Never Returned

1975 The Hawking Brothers – The Ship That Never Returned

01 juin 2026

Ballade Irlandaise, Ecossaise ou Folk ?

De l'Écosse à Renaud : l'incroyable voyage de "La Ballade nord-irlandaise".

Voici un nouvel article qui devrait ravir les fans de Renaud : je m'attaque aujourd'hui à l'une de ses chansons qui m'échappait jusqu'alors et qui prolonge mon escapade Irlandaise. Je vous propose de nous plonger dans l'histoire fascinante de "La Ballade nord-irlandaise".

Tout commence au cœur de l'Écosse. En effet, la version la plus ancienne de ce récit remonte aux années 1600. À l'origine, elle s'intitule "Waly, Waly", une exclamation écossaise archaïque exprimant la déception, l'équivalent de notre « Hélas ! ». Cette complainte est souvent liée à une ballade plus longue, « Jamie Douglas », qui relate l'histoire vraie d'un divorce tragique en 1681, suite à de fausses accusations d'infidélité.

Au milieu du XXe siècle, Tom Glazer offre à la chanson les bases d'un véritable hymne folk en la transformant en "The Water Is Wide". Cette version, devenue un standard, sera popularisée par des figures légendaires telles que Pete Seeger, le Kingston Trio, Joan Baez ou encore Bob Dylan.

Pourtant, l'histoire ne s'arrête pas là. La mélodie subit une mutation profonde en devenant un chant nationaliste irlandais. Sous le titre "The Dying Rebel", elle raconte les derniers instants d'un rebelle mourant lors de l'Insurrection de Pâques 1916, à Dublin. La complainte amoureuse devient alors un cri de résistance.

Parallèlement, la thématique de la fragilité de l'amour continue d'inspirer les artistes, notamment Marianne Faithfull avec sa version intitulée "Cockleshells" (Coquilles de noix). Les paroles y sont poignantes : « Dois-je rester enchaînée tandis que tu es libre, dois-je aimer un homme qui ne m'aime pas ? ». Les coquillages symbolisent ici la vulnérabilité des sentiments. Probablement inspiré de sa propre histoire, elle divorce en 1966 de son premier époux pour vivre sa relation avec Mick Jagger.

Si la version de Renaud reste gravée dans nos mémoires, c'est parce qu'il a su s'approprier cette mélodie séculaire pour en faire un plaidoyer humaniste. Renaud écrit ses propres paroles pour dénoncer la violence en Irlande du Nord. Plus récemment, Nolwenn Leroy a également repris ce thème en 2014 dans l'album La Bande à Renaud.

Mais saviez-vous que bien avant lui, dès 1966, Graeme Allwright chantait déjà cette mélodie sous le titre "La mer est immense" ?

En bateau pour quelques extraits...

1991 Renaud – La Ballade Nord-Irlandaise

1991 Renaud – La Ballade Nord-Irlandaise