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20 juin 2026

Le parfum de l'été

Le début des années 80 marque un tournant pour le Brésil. Alors que le pays sort péniblement des années de dictature militaire, une icône rousse, Rita Lee, lâche une bombe musicale : "Lança Perfume".

C’est un véritable cri de ralliement pour la liberté sexuelle et festive. Le titre lui-même est une provocation : le lança-perfume était à l'origine un solvant à base d’éther, vaporisé durant le carnaval de Rio pour ses vertus euphorisantes avant d'être interdit. Cette ivresse chimique infuse chaque mot du texte, notamment le célèbre : « Me vira de ponta-cabeça / Me faz de gato e sapato » (Retourne-moi la tête / Fais de moi ce que tu veux).

Face à ce raz-de-marée rythmique, Henri Salvador ose une adaptation, toujours à l’affût pour reconquérir son public en ce début de décennie. Le titre devient "Question de choix" en 1981.

Mais attention, Salvador ne traduit pas, il adapte. Là où Rita Lee célébrait l'abandon des sens et l'extase, Henri préfère explorer les méandres de l’indécision amoureuse. Le refrain délaisse la sueur du carnaval pour le feutré du dilemme : « C'est une question de choix / On ne sait jamais par où commencer ».

Si l'élégance de Salvador et sa capacité à « franciser » la chaleur brésilienne forcent le respect, le cœur du morceau semble rester de l'autre côté de l'Atlantique. Entre la retenue d'un dilemme sentimental et l'ivresse brute d'un soir de fête à Rio, mon cœur ne balance pas : je choisis sans hésiter la folie libératrice de Rita Lee.

Et vous, plutôt réflexion ou déraison ?

Bonne écoute !

1981 Henri Salvador – Question de choix

12 juin 2026

En Courant... après un bonheur ephemère.

En 1975, le public découvre sur grand écran le film Mahogany, réalisé par Berry Gordy, le célèbre patron de la Motown. En vedette, on retrouve Diana Ross dans le rôle de Tracy Chambers, une jeune femme issue des quartiers pauvres de Chicago qui devient un mannequin et une styliste de haute couture adulée à Rome, avant de réaliser qu'elle s'est perdue en chemin. Le thème musical du film, "Do You Know Where You're Going To", fait directement écho au dilemme de l'héroïne : « Sais-tu où tu vas ? Aimes-tu ce que la vie te montre ? »

Pourtant, contrairement aux idées reçues, Diana Ross n'est pas la première à avoir posé sa voix sur ce titre. La chanson a été initialement enregistrée en 1973 par Thelma Houston (sans aucun lien de parenté avec Whitney). Cette première version, une ballade pop, passe alors totalement inaperçue. À tel point que le titre n'apparaît sur aucun album à l'époque ; il faudra d'ailleurs attendre 2005 et une réédition pour les 30 ans de l'album contenant « Don't Leave Me This Way » pour enfin la découvrir. C'est le compositeur Michael Masser qui décidera de retravailler l'arrangement pour lui donner le souffle symphonique qu'on lui connaît aujourd'hui.

Nommé pour l'Oscar de la meilleure chanson originale en 1976, le titre fait sensation lors de la cérémonie : Diana Ross l'interprète en direct via un écran géant depuis Amsterdam, où elle est alors en tournée. En coulisses, l'ambiance est pourtant électrique. Le compositeur Michael Masser et le parolier Gerry Goffin se disputent juste avant l'événement, Masser refusant que Goffin l'accompagne car il s'attribue le mérite principal du morceau. Ils resteront fâchés des années durant. Si la chanson rate l'Oscar, elle n'en devient pas moins un immense tube mondial, ouvrant la voie à une multitude de reprises, comme vous le découvrirez ci-dessous.

Parmi elles, la France n'est pas en reste. En 1976, la chanteuse Nicole Rieu est sous les projecteurs après avoir décroché la 4e place à l'Eurovision l'année précédente avec le culte "Et bonjour à toi l'artiste". Elle s'approprie le thème de Mahogany grâce à une superbe adaptation signée Pierre Delanoë, intitulée "En courant". Là où la version américaine narre les pièges de la gloire, la déclinaison française prend la forme d'une confidence intime. Elle s'adresse à un amant qui s'étourdit dans le mouvement et passe à côté de l'essentiel : « En courant après le bonheur, / Après le soleil, après le vent d'ailleurs, / Tu vas casser ton cœur... »

Bonne écoute.

PS : dommage ce film ne semble pas disponible en VF !


1975 Diana Ross – Do You Know Where You're Going To (Theme from Mahogany)

05 juin 2026

Un voyage sans retour.

Une fois de plus, nous plongeons au cœur des racines de la musique folk, avec une mélodie qui voyage de tragédie en tragédie, changeant de contexte à chaque escale.

À l'origine "The Ship That Never Returned" est une complainte victorienne classique : un jeune homme prend la mer pour sauver la fortune de sa mère, lui promettant de revenir. Hélas, il ne reviendra jamais. À l'époque, cette chanson fut un immense succès de salon. Elle jouait sur la peur réelle et constante des naufrages, une thématique qui garantissait de faire pleurer dans les chaumières. Je vous propose une version plus moderne par les Hawking Brothers parue en 1975.

Dans les années 1920, la mélodie quitte l'océan pour les rails sous le titre "The Wreck of the Old 97". Elle relate une catastrophe réelle survenue le 27 septembre 1903 en Virginie : le train postal "Old 97", en retard, dérailla dans un ravin alors que son mécanicien tentait de rattraper le temps perdu. Ce titre devint l’un des premiers "méga-hits" de la musique country. Son succès fut tel qu'il déclencha une bataille juridique monumentale sur les droits d'auteur, plusieurs personnes revendiquant la paternité des paroles. Ce disque prouva que la musique "Hillbilly" pouvait rapporter des centaines de milliers de dollars. Johnny Cash interprètera une version du titre en 1957.

Enfin, avec "M.T.A.", la mélodie devient culte pour la génération folk. Écrite par Bess Lomax et Jacqueline Steiner, elle raconte l'histoire de Charlie, un passager coincé dans le métro de Boston (la MTA) car il lui manque les 5 cents nécessaires pour payer la nouvelle "taxe de sortie". À l'origine, il s'agissait d'une chanson de campagne pour Walter A. O'Brien, un candidat progressiste à la mairie de Boston qui luttait contre l'augmentation des tarifs. Le Kingston Trio reprend le titre en 1959, mais doit en modifier les paroles : pour éviter la censure radio en pleine période de maccarthysme (O'Brien étant lié à la gauche radicale), ils gomment le nom du politicien.

Une question subsiste pourtant depuis 1959 : « Si sa femme peut lui donner un sandwich chaque jour à travers la vitre, pourquoi ne lui donne-t-elle pas simplement les 5 cents pour sortir ? ». 

Est-ce qu'Eileen nous apportera la réponse en 1964 avec son adaptation "Le métro de Boston" ? À vous de le découvrir...

1975 The Hawking Brothers – The Ship That Never Returned

1975 The Hawking Brothers – The Ship That Never Returned

01 juin 2026

Ballade Irlandaise, Ecossaise ou Folk ?

De l'Écosse à Renaud : l'incroyable voyage de "La Ballade nord-irlandaise".

Voici un nouvel article qui devrait ravir les fans de Renaud : je m'attaque aujourd'hui à l'une de ses chansons qui m'échappait jusqu'alors et qui prolonge mon escapade Irlandaise. Je vous propose de nous plonger dans l'histoire fascinante de "La Ballade nord-irlandaise".

Tout commence au cœur de l'Écosse. En effet, la version la plus ancienne de ce récit remonte aux années 1600. À l'origine, elle s'intitule "Waly, Waly", une exclamation écossaise archaïque exprimant la déception, l'équivalent de notre « Hélas ! ». Cette complainte est souvent liée à une ballade plus longue, « Jamie Douglas », qui relate l'histoire vraie d'un divorce tragique en 1681, suite à de fausses accusations d'infidélité.

Au milieu du XXe siècle, Tom Glazer offre à la chanson les bases d'un véritable hymne folk en la transformant en "The Water Is Wide". Cette version, devenue un standard, sera popularisée par des figures légendaires telles que Pete Seeger, le Kingston Trio, Joan Baez ou encore Bob Dylan.

Pourtant, l'histoire ne s'arrête pas là. La mélodie subit une mutation profonde en devenant un chant nationaliste irlandais. Sous le titre "The Dying Rebel", elle raconte les derniers instants d'un rebelle mourant lors de l'Insurrection de Pâques 1916, à Dublin. La complainte amoureuse devient alors un cri de résistance.

Parallèlement, la thématique de la fragilité de l'amour continue d'inspirer les artistes, notamment Marianne Faithfull avec sa version intitulée "Cockleshells" (Coquilles de noix). Les paroles y sont poignantes : « Dois-je rester enchaînée tandis que tu es libre, dois-je aimer un homme qui ne m'aime pas ? ». Les coquillages symbolisent ici la vulnérabilité des sentiments. Probablement inspiré de sa propre histoire, elle divorce en 1966 de son premier époux pour vivre sa relation avec Mick Jagger.

Si la version de Renaud reste gravée dans nos mémoires, c'est parce qu'il a su s'approprier cette mélodie séculaire pour en faire un plaidoyer humaniste. Renaud écrit ses propres paroles pour dénoncer la violence en Irlande du Nord. Plus récemment, Nolwenn Leroy a également repris ce thème en 2014 dans l'album La Bande à Renaud.

Mais saviez-vous que bien avant lui, dès 1966, Graeme Allwright chantait déjà cette mélodie sous le titre "La mer est immense" ?

En bateau pour quelques extraits...

1991 Renaud – La Ballade Nord-Irlandaise

1991 Renaud – La Ballade Nord-Irlandaise

27 mai 2026

Lady...

En 1980, Lionel Richie termine l'écriture d'une chanson dans les toilettes du studio Concorde Recording Center. Il lui manque encore toutes les paroles du second couplet alors que Kenny Rogers l'attend déjà derrière le micro ! Une fois le texte achevé, Kenny peut enfin enregistrer ce qui deviendra son plus grand tube planétaire : Lady. C'est le premier titre des années 80 à figurer simultanément dans quatre classements majeurs du Billboard. En France, le morceau met plus de temps à s'imposer. Au printemps 1981, il n'atteint que la 33e place, mais parvient à se maintenir plus de 15 semaines dans le Top 100 des ventes.

Mireille Mathieu, qui a renoué avec le succès grâce à "Une femme amoureuse" l'année précédente, tente une nouvelle fois sa chance avec les adaptations. En 1981, c'est pourtant le titre "Promets-moi" qui est choisi pour sortir en 45 tours. Il faut écouter son album jusqu'au bout pour découvrir "L'Autre". Grâce à cette chanson, l'artiste profite une nouvelle fois de la vitrine médiatique des Carpentier en ce début d'années 80. Contrairement à la version originale, où le chanteur déclare son amour à sa "Lady", l'adaptation de Mireille Mathieu est plus mélancolique : elle y évoque une rivale, cette "autre" femme qui prend sa place dans le cœur de l'être aimé.

Le succès colossal de cette chanson, conjugué à celui d'"Endless Love" (son duo avec Diana Ross l'année suivante), précipitera le départ de Lionel Richie et mettra un terme à sa collaboration avec les Commodores. Ce n'est qu'en 1998 que Richie enregistrera sa propre version de "Lady" sur l'album Time. Enfin, en 1982 au Canada, le chanteur Patrick Norman choisira la simplicité en adaptant le titre sous le nom... de "Lady", conservant ainsi l'esprit du refrain original pour le public québécois.

A toutes les "Lady" ...


1980 Kenny Rogers – Lady

1980 Kenny Rogers – Lady

21 mai 2026

D.I.V.O.R.C.E

Après le mariage d'Antoine avec des doutes, malheureusement il faut envisager le "D-I-V-O-R-C-E"...

La chanson "D-I-V-O-R-C-E", sortie en 1968, est l'un des piliers de la musique country et le titre emblématique de Tammy Wynette. L'idée centrale du morceau repose sur une pratique universelle : épeler les mots devant les enfants pour leur cacher la réalité d'une conversation d'adultes. Une mère y explique que son mariage s'effondre ; elle épelle des termes comme T-O-Y (jouet) ou S-U-R-P-R-I-S-E pour préserver le bonheur de son fils de quatre ans, avant de finir par les mots cruels qu'elle ne peut plus dissimuler : D-I-V-O-R-C-E, C-U-S-T-O-D-Y (garde) et H-E-double L (l'enfer). À l'époque, le mot « Hell » était encore jugé trop vulgaire pour être prononcé tel quel de manière répétée à la radio.

Mais savez-vous que ce classique a succédé à une version nettement plus optimiste ? Le compositeur Bobby Braddock avait initialement imaginé une chanson où les lettres épelées formaient "I L-O-V-E Y-O-U". Selon les auteurs, cette mouture sonnait toutefois comme une publicité pour du savon. C'est le coauteur Curly Putman qui suggéra de transformer la mélodie du refrain pour la rendre plus pesante et mélancolique.

Bien que Tammy Wynette n'ait pas écrit le texte, sa propre vie a conféré au titre une authenticité poignante. Au moment de l'enregistrement, l'artiste avait déjà divorcé deux fois. Elle finira par se marier cinq fois au total, notamment avec la star George Jones — une union passionnelle et destructrice qui se soldera, elle aussi, par un divorce en 1975.

En France, une première adaptation voit le jour en 1976. Il s'agit en réalité de la reprise d'une parodie de l'humoriste écossais Billy Connolly, sortie l'année précédente, où les mots étaient épelés non pas pour un enfant, mais pour un chien. Si la version de Connolly fut numéro 1 au Royaume-Uni, Claude François en livra une adaptation française quelque peu indigeste intitulée "Les mots secrets". Force est de constater que l'humour britannique s'exporte parfois difficilement !

Il fallut patienter encore quelques années pour retrouver la gravité du thème original. En 1995, sur son magnifique album À nos beaux jours, Michèle Torr interprète "Divorce".

Cette chanson est devenue, dans la voix triste de nombreux et nombreuses interprètes vivant la même situation, leur ultime cri d'amour.

PS: j'ai volontairement omis les versions Québécoises de Mona et Michele Richard que je ne possède pas.

1976 Claude François – Les mots secrets

16 mai 2026

Le Mariage selon Antoine

Gilbert O'Sullivan incarne à merveille l'insouciance et le charme du début des années 70. Sa chanson "Matrimony", sortie fin 1971, s’inscrit pour nous, francophones, typiquement dans ce registre léger. Pourtant, contrairement à ce que son rythme enjoué laisse présumer, le texte raconte les déboires d'un couple pressé de gagner l'église pour se marier, tout en réalisant qu'ils sont sans le sou et que la cérémonie s'annonce chaotique. Avec sa coupe au bol, sa casquette d'inspiration 1900 et son piano de style "bastringue", Gilbert O'Sullivan cultive une allure singulière qui confère au morceau son caractère bondissant.

Le contraste est frappant avec l'artiste qui l'adapte en français ! Antoine conserve en effet sa chevelure longue et son style hippie lorsqu'il interprète "Avant de dire oui" en 1972. Les paroles françaises, signées Boris Bergman, respectent le thème du mariage mais mettent l'accent sur l'hésitation et l'effervescence du moment fatidique.

Paradoxalement, cette chanson est devenue un standard incontournable des sorties d'église et des vins d'honneur durant les années 70. Si, dans les deux versions, le choix peut paraître légèrement ironique — voire d'un goût douteux au vu du texte — force est de constater que, comme le veut l'adage : « là où il y a de la gêne, il n'y a pas de plaisir ! »

1972 Antoine – Avant de dire oui

11 mai 2026

Un grand Bruit venu de l'Illinois !

A la fin des années 30, Bob Haggart et Ray Bauduc, piliers du célèbre orchestre Bob Crosby's Bobcats, composent le mythique "Big Noise from Winnetka". Pendant plus de vingt ans, ce standard de jazz reste une prouesse purement instrumentale, célèbre pour son duo contrebasse et batterie.

Le destin du morceau bascule au début des années 60 quand la France s'en empare. Le parolier Pierre Saka décide de poser des mots sur cette mélodie bondissante. C'est d’abord Eddy Mitchell qui l'intègre à son répertoire sous le titre "Quand une fille me plaît". Quelques semaines plus tard, Nancy Holloway lui répond avec une version féminisée pleine de pep's : "Quand un garçon me plaît".

Amusé ou inspiré par ce succès européen, Bob Crosby finit par composer une version chantée en 1968, restée pourtant très confidentielle à l'époque. Il faudra attendre 1979 pour que la fantasque Bette Midler ne sorte le titre de la naphtaline pour le graver sur les sillons d'un 33 tours en pleine période Disco. L'année suivante il apparait sur la BO du Film "Divine Madness".

Contre toute attente, c'est en France que ce "Grand Bruit" venu de l'Illinois aura trouvé ses lettres de noblesse et son plus large public !

1963 Eddy Mitchell - Quand une fille me plaît

06 mai 2026

Le Boss reste le Boss

"Won't Get Fooled Again" est un hymne des Who qui a une histoire singulière. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce n'est pas un appel à la révolution, mais plutôt une mise en garde contre celle-ci. 1971 marque la fin du mouvement hippie et le début du désenchantement avec le départ de Janis Joplin, Jim Morrison, Jimi Hendrix, la séparation des Beatles, mais aussi avec les meurtres de Sharon Tate commandités par Charles Manson. C'est justement ce qui donne sa force au titre : c'est le bilan amer de l'échec des utopies des années 60.

La chanson devait être le point culminant de "Lifehouse", l'opéra-rock avorté de Pete Townshend. Townshend a écrit ce titre après avoir observé les mouvements contestataires de la fin des années 60. Son message est clair : "Renverser un dictateur pour le remplacer par un nouveau qui fera la même chose ne sert à rien." D'où la phrase : “Meet the new boss, same as the old boss.”

C'est l'un des premiers morceaux de rock à intégrer le synthétiseur au sein de l'orchestration. Pete Townshend a programmé celui-ci pour qu'il suive un rythme spécifique, sur lequel le groupe devait jouer en direct. Keith Moon s'éclate à la batterie ! même s'il était connu pour son jeu imprévisible, il devait rester parfaitement calé sur la machine.

Si le titre a marqué l'histoire du rock, il a trouvé une seconde vie inattendue en devenant le générique de la série "Les Experts : Miami", associée au geste iconique d'Horatio Caine mettant ses lunettes de soleil.

Il n'est pas étonnant de retrouver une adaptation du titre dans la discographie de Louis Bertignac, fan absolu des Who et de Pete Townshend. Sa version, intitulée "Ma Gueule", est sortie en 2018 sur l'album Origines. Il a fait le choix de supprimer le synthétiseur pour garder l'esprit pur du rock.

2018 Louis Bertignac – Ma gueule

2018 Louis Bertignac – Ma gueule

01 mai 2026

On Connait la Chanson (Vol 21)

Voilà le joli mois de Mai, ainsi que ce 21ème volume de la série "On Connaît la Chanson", fort heureusement, elle est autorisée par la législation du Travail. Je modifie la présentation de ces compils en supprimant les extraits musicaux et la pochette recto.

La sélection s'est imposée d'elle-même, avec une évidence rare. Une fois de plus, l’écoute de cet opus durant la rédaction a été un pur plaisir. Ce volume évite l'écueil des reprises trop entendues pour dénicher des interprétations qui possèdent une âme ou une histoire singulière.

Et pour vous ? Bonne écoute !



24 avril 2026

Putain de Bateau !

Dans cet article, je bouscule un peu la chronologie pour relever le défi lancé par Jerry Ox : « Faire un billet avec Renaud en vedette ». Ma première pensée fut : « Impossible ! Je ne connais aucune adaptation signée Renaud ». Fort heureusement, en 2022, il sort l'album Métèque, sur lequel on peut découvrir sa version de Le jour où le bateau viendra.

À l'écoute, le style de Renaud s'impose, mais une autre voix résonne en filigrane : celle de Bob Dylan. La version originale, When The Ship Comes In, est parue en 1964 sur l'album mythique The Times They Are A-Changin'. Cette chanson est un véritable cri contre l'injustice. L'anecdote derrière sa création est savoureuse : en 1963, alors qu'il voyageait avec Joan Baez (déjà une immense star), Dylan se voit refuser une chambre dans un hôtel chic en raison de son allure de « vagabond ». Il fallut l'intervention de Baez pour qu'il puisse enfin entrer.Furieux de ce mépris de classe, Dylan resta éveillé toute la nuit pour composer ce titre où les puissants finissent balayés par le vent du changement. Puisant dans l'imagerie biblique — « Et les sables trembleront / Et les murs s'écrouleront / Le jour où le bateau viendra » — la chanson transforme un simple incident d'hôtel en une prophétie mystique.

Le thème contestataire séduisit Peter, Paul and Mary dès l’année suivante, avant que les Pogues, trente ans plus tard, ne redynamisent le titre avec leur énergie folk-punk. 

Cependant, rendons à Hugues Aufray la paternité de l'adaptation française : dès 1965, il se fit le premier ambassadeur de Dylan en France. Renaud ayant souvent déclaré qu'Aufray était l'un de ses maîtres à penser, reprendre cette chanson en 2022 résonne autant comme un hommage à Bob qu'à son vieil ami Hugues.

2022 Renaud – Le jour où le bateau viendra

2022 Renaud – Le jour où le bateau viendra

19 avril 2026

Le Soleil, L'ile déserte, Le printemps

Si l’on retourne le 45 tours de Joe Dassin sorti en 1976, le célèbre "Il était une fois nous deux", on y découvre une face B intitulée "Les Aventuriers". Ce morceau cache une histoire de rendez-vous manqué avec un tube planétaire de la même année : "Let Your Love Flow".

Cette année-là, les ondes du monde entier sont envahies par une mélodie irrésistible portée par deux frères originaires de Floride, Howard et David Bellamy. The Bellamy Brothers imposent alors "Let Your Love Flow", un titre qui fusionne parfaitement l'efficacité de la pop et la chaleur de la country.

Le morceau est un hymne à la joie, simple et solaire. Son succès est tel qu'il se classe numéro 1 aux États-Unis, mais aussi en Allemagne, en Autriche et en Suisse.

Joe Dassin, grand adaptateur de succès anglo-saxons devant l’éternel, repère immédiatement le potentiel du titre. Il l'enregistre donc sous le titre "Les Aventuriers", avec des paroles françaises signées par ses complices habituels, Claude Lemesle et Pierre Delanoë.

Pourtant, malgré une interprétation impeccable, Joe Dassin décide de reléguer la chanson en face B. La raison ? Le rythme country-pop des Bellamy Brothers est jugé "trop entêtant", presque trop envahissant. Dassin, perfectionniste et fin stratège, craint que sa version ne souffre de la comparaison avec l'original qui tourne en boucle à la radio, ou que le public ne sature face à cette mélodie omniprésente. Il préfère miser sur la mélancolie romantique de "Il était une fois nous deux" pour porter son disque.

Après des décennies passées dans l'ombre des discothèques des collectionneurs, cette mélodie a retrouvé une seconde jeunesse de l'autre côté de l'Atlantique.

Il aura fallu attendre 2018 pour qu'une nouvelle adaptation francophone voie le jour. C'est l'Acadienne Annie Blanchard, révélée au grand public lors de son passage remarqué à "Star Académie" au Canada, qui redonne vie au titre.

Sous le titre "C'est la saison", elle réinterprète ce classique avec une touche country moderne. Sa version rend hommage à la structure originale des Bellamy Brothers tout en y insufflant la douceur de la langue française. Une boucle bouclée pour cette chanson qui, quarante ans après les hésitations de Joe Dassin, a prouvé qu'elle n'avait rien perdu de son attraction.

Avant d'arriver entre les mains des Bellamy Brothers, "Let Your Love Flow" avait été proposée à Neil Diamond, qui l'avait déclinée. Comme quoi, les plus grands succès tiennent parfois à un refus !

Bonne Ecoute !


1976 Joe Dassin - Les Aventuriers

14 avril 2026

Comme une Ombre

Je vous propose un petit voyage dans le temps, plus précisément au cœur de l'année 1962. À l'origine, "Black Cloud" est un morceau qui oscille entre le rock’n’roll et la country-pop typique de Nashville. Composée par Bill Brock, la chanson est restée dans les mémoires grâce à l'interprétation de Leroy Van Dyke. Elle raconte l'histoire d'un homme poursuivi par la malchance, symbolisée par ce « nuage noir » qui ne le quitte jamais.

Son adaptation française, "Comme une ombre sur moi", sort l'année suivante. Johnny Hallyday, après une année riche marquée par le succès de "Retiens la nuit" qui l'a consacré dans le cœur du public, cherche alors à se distinguer du style « yéyé ». Son objectif : un retour aux sources avec le son authentique de Nashville.

L'adaptation de Ralph Bernet conserve le thème de l'œuvre originale, mais l'harmonica, omniprésent dans la version américaine, s'efface ici au profit des guitares électriques.

Enfin, pour la curiosité, je vous recommande la version de Louis Armstrong ; bien que plus tardive (1970).

Bonne Ecoute... sans aucune Ombre !

1963 Johnny Hallyday - Comme Une Ombre Sur Moi

09 avril 2026

Belles Comme Le Jour

Une nouvelle fois, nous remontons le temps !

En 1962, un nouveau visage de la vague yéyé fait une entrée fracassante dans le cœur des teenagers. Avec son premier EP intitulé "Belles Belles Belles", Claude François ne se contente pas de chanter : il impose un style, une énergie et un rythme nouveaux. Pourtant, derrière ce succès foudroyant se cache une mélodie née outre-Atlantique deux ans plus tôt.

À l'origine, le titre s'intitule "Made to Love". Il est écrit et composé par Phil Everly. Fait rare pour l'époque, Phil compose ce morceau seul, sans son frère Don. Enregistrée par les Everly Brothers en 1960, la chanson passe pourtant relativement inaperçue, restant dans l'ombre de leurs immenses succès comme Bye Bye Love.

Il faudra attendre 1962 pour que le titre trouve enfin son public aux États-Unis grâce à la version d'Eddie Hodges. Ce jeune prodige de Broadway apporte au morceau une légèreté adolescente et un tempo plus marqué. C'est précisément cette version, plus sautillante, qui parvient aux oreilles de Claude François. Les paroles de Vline Buggy sont l'atout de cette adaptation. Là où Phil Everly chantait l'histoire d'un garçon "créé pour aimer" une fille unique, Vline Buggy inverse la perspective. Elle transforme le texte en une ode aux filles : "Belles, belles, belles comme le jour...".

Le public est conquis. Pour l'anecdote, le clip (Scopitone) de la chanson est réalisé par un certain Claude Lelouch, montrant un Cloclo bondissant dans la neige, une image qui marquera durablement les esprits.

La suite, vous la connaissez : "Belles Belles Belles" devient un incontournable absolu de la discographie de Claude François et le socle de sa légende. Au fil des décennies, de nombreuses reprises ont vu le jour, de C. Jérôme à Matt Pokora en passant par Début de Soirée. Si ces versions témoignent de la postérité du titre, elles restent anecdotiques face à l'original.

Toutefois, une version se démarque par son audace : celle de Jahel et ses Gazelles. En s'appropriant le morceau avec une originalité rafraîchissante.

1962 Claude François - Belles, Belles, Belles

1962 Claude François - Belles, Belles, Belles

06 avril 2026

La femme objet

En préparant cet article, je fus assez surpris de constater que la chanson "First Be a Woman" est désormais un hit de Gloria Gaynor daté de 1992. Il est vrai que la chanteuse Léonore O'Malley à l'origine de ce tube fut par la suite oubliée par le public. Lorsque la chanson sort en 1980, le disco est sur le déclin cependant la chanson fut un tube par ici et aux USA. Suite à ce succès, et à une pochette attrayante, Léonore sortira un second album l'année suivante dans l'indifférence générale avant de mettre un terme à sa carrière musicale. Elle nous quittera définitivement en 2020.

En 2001, ce hit est adapté par la lofteuse Loana que les médias tentent d'imposer comme une nouvelle star. La chanson devient "Comme je T'aime"... sans la piscine cela à moins de saveur !

Tout comme le thème de la chanson, si l'original s'appuyait sur des paroles féministes : "avant d'être une épouse, une mère ou une amante, une femme doit d'abord être elle-même". C'est un appel à l'estime de soi et à l'autonomie. Il est regrettable que cette philosophie n'aie pas inspiré Loana et qu'elle soit restée une femme objet au lieu de s'émanciper comme le suggérait la chanson originale.

2001 Loana - Comme je t'aime

2001 Loana - Comme je t'aime

01 avril 2026

Une idée à crédit...

Il n'est pas toujours facile de s'y retrouver dans la jungle des reprises et des adaptations. C’est d’autant plus vrai lorsque le répertoire d’un artiste repose sur un riff de guitare si iconique qu'il devient un standard en soi. Chuck Berry en est le parfait exemple : entre auto-plagiat de génie et titres interchangeables, l'auditeur peut vite se perdre.

En 1957, Berry enregistre "School Day (Ring! Ring! Goes the Bell)". À 30 ans, ses années lycéennes sont déjà loin derrière lui. Pourtant, en s'inspirant de ses souvenirs au Sumner High School de St. Louis (qu'il avait quitté prématurément pour un séjour en maison de correction), il touche en plein cœur la jeunesse de l'époque. Il a compris avant tout le monde que pour durer, il faut chanter le quotidien de son public.

Un riff qui a fait des vagues (littéralement)

L'influence de cette chanson est telle qu'elle a dépassé les frontières du Rock'n'roll pur. Le riff d'introduction de School Day a été si influent que les Beach Boys l'ont "emprunté" pour leur célèbre tube "Surfin' U.S.A.". Cette ressemblance a d'ailleurs valu à Chuck Berry d'être crédité officiellement comme auteur après une bataille juridique, prouvant que même le surf-rock de Californie doit tout au génie de St. Louis.

Le recyclage et les Adaptations Françaises

Sept ans plus tard, en 1964, Berry recycle sa propre recette. La structure musicale reste la même, mais le décor change : "No Particular Place to Go" troque les salles de classe pour les virées en voiture. On y suit les mésaventures d'un couple dont le rendez-vous galant est gâché par une ceinture de sécurité coincée. Anecdote vécue ou simple trait d'esprit ? Le mystère reste entier.

Cette même année, la France s’empare du titre. Eddy Mitchell adapte la chanson sous le titre "Donne-moi une idée" (sur l'album Panorama). Mais "Schmoll" ne s'arrête pas là. En 1975, de retour aux sources à Nashville, il réutilise ce même canevas pour créer le mythique "À crédit et en stéréo". C’est ici que le talent d’Eddy explose : Il dénonce dans une satire sociale, la consommation des années 70 (l'achat à crédit) avec humour. Cela fait écho à la manière dont Chuck Berry observait la société. Un classique indémodable !

Je vous invite à découvrir diverses reprises de ces chansons à travers les voix et les guitares de : AC/DC, Cliff Richard, George Thorogood & The Destroyers...

1964 Eddy Mitchell - Donne moi une idée

1964 Eddy Mitchell - Donne moi une idée

27 mars 2026

L'envie d'aimer

Cette fois, nous sortons des sixties pour retrouver une chanson française à l’assaut des charts internationaux. En 2000, la France succombe au phénomène Les Dix Commandements. Au cœur de ce succès, un titre final foudroie le public : "L'envie d'aimer".

Pourtant, relever le défi après l'interprétation magistrale du regretté Daniel Lévi semblait perdu d’avance. Sa voix, mêlant technique irréprochable et fêlure soul, a placé la barre à une hauteur vertigineuse. Mais la force d'un classique réside aussi dans sa capacité à être réinventé. En préparant cet article, j’ai été surpris de constater le nombre de reprises par divers artistes.

Cependant, j’avoue être agacé par ces versions collégiales qui tentent de transformer ce titre en un hymne de stade, masquant trop souvent les défaillances vocales individuelles derrière l'effet de groupe. Je ne m'attarderai donc pas ici sur les duos, trios ou quatuors...

Au départ, cette chanson ne devait pas figurer au générique de la comédie musicale. Pascal Obispo l’avait initialement composée pour son propre album. C’est en discutant avec Élie Chouraqui qu’il comprend qu’il manque un final porteur d’espoir pour Moïse. Lors de l'enregistrement, Daniel Lévi était épuisé. La prise que nous entendons aujourd'hui sur le disque est, dit-on, une "prise témoin" chantée avec une telle vérité qu'Obispo a refusé d'y retoucher. (anecdote commerciale ?)

En 2002, Céline Dion décide de s'attaquer à ce monument pour son album "A New Day Has Come". Sous le titre "The Greatest Reward", la chanson change de thème. Si l'originale se veut un cri de fraternité, l'adaptation anglaise (signée par Andreas Carlsson) devient une ballade romantique plus classique. En imposant cette mélodie française sur le marché international, elle a tenté de prouver que le génie d'Obispo n'avait pas de frontière.

"L'envie d'aimer" est plus qu'un tube de comédie musicale ; c'est devenu un standard. Elle a survécu à la mode des spectacles en costumes pour devenir une chanson de mariage et de célébrations diverses...costumés ou pas !

2000 Daniel Levi - L'envie d'aimer

20 mars 2026

Dormir !

En 1965, Ray Davies compose ce qu’il pressent comme un futur tube pour les Kinks. Pourtant, la démo de "I Go To Sleep" ne convainc pas le groupe. À cette époque, les Kinks sont en pleine explosion "Rock & Roll" et "Garage" ; ils enchaînent les succès rocks comme You Really Got Me ou All Day and All of the Night. Pour Ray Davies, cette ballade mélancolique au piano semble alors plus adaptée à d'autres interprètes.

Parmi eux, les Applejacks. Originaires de Birmingham, ils se distinguent par la présence de Megan Davies à la basse, un véritable atout visuel pour les émissions de télévision des années 60, telles que Ready Steady Go!. Cependant, leur version de "I Go To Sleep" est un échec commercial. En cette année 1965, la chanson semble frappée d'une malédiction : plusieurs artistes de renom, comme Peggy Lee ou Cher, s'y essaient sans parvenir à l'imposer.

En France, deux adaptations sortent à la même époque, mais restent confidentielles :

  • Claude Righi sort dès 1965 "On n'y peut rien". Davantage parolier que chanteur, cela se ressent malheureusement à l'écoute.
  • Virginie s'y attaque l'année suivante avec "Tu crois toujours", sans plus de succès.

Fort heureusement, la chanson connaît une seconde vie dans les années 80. Chrissie Hynde (Pretenders) ayant déjà repris déjà un titre de Ray Davies : Stop Your Sobbing, sous son impulsion, la "chanson maudite" devient enfin un hit international.

Dans la foulée, une troisième adaptation française voit le jour : Julie Pietri nous offre "Et c'est comme si" en 1982. Enfin, en 1997, Carole Laure revient à l'essence même du titre avec "Dormir".

En espérant que cette sélection musicale vous permette, paradoxalement, de rester éveillé !

1965 Claude Righi - On N'y Peut Rien

1965 Claude Righi - On N'y Peut Rien

13 mars 2026

Comment te dire

Je souhaite rebondir sur une publication de TonTon pour Les Chansons Perdues, qui présentait récemment un 45 tours de Jean-Marie Chapdelaine. Ce chanteur canadien m’était jusqu’alors inconnu. Pourtant, en 1968, il sort deux disques, dont celui proposé par TonTon où il interprète "Comment te dire". Sur la pochette, on voit apparaître le titre original anglais : "A man without love".

Pourtant, à l'origine, cette chanson est née en Italie pour le célèbre Festival de Sanremo 1968. C'est la chanteuse Anna Identici qui y interprète "Quando m'innamoro". Bien qu'elle n'ait terminé qu'à la sixième place du concours, le titre connaît un immense succès commercial, tant en Italie qu’à l'international.

C'est toutefois la version d’Engelbert Humperdinck, sortie la même année, qui propulse véritablement le morceau au sommet des charts mondiaux. Il est fascinant de noter le contraste entre ces deux versions : l'euphorie de la version italienne (la naissance de l'amour) s'oppose au sentiment d'isolement de la version anglaise (la vie sans amour). Les mystères de l'adaptation ! Le sens des paroles change radicalement l'émotion de base tout en gardant la même mélodie.

En France, la chanson a bien entendu été adaptée. C’est Joe Dassin qui, en 1968, interprète "Comment Te dire" (que l'on retrouve en face B du célèbre 45 tours Siffler sur la colline). Si, en 2026, cette version peut paraître quelque peu datée, la force de la mélodie reste intacte : la version d’Engelbert Humperdinck a d'ailleurs connu une seconde jeunesse en 2022 grâce à son utilisation dans la bande originale de la série Moon Knight (Marvel Studios).


1968 Joe Dassin - Comment te dire

1968 Joe Dassin - Comment te dire

10 mars 2026

Elle t'aime ... Yeah !

Adapter une chanson des Beatles en français est presque banal. C’est d’autant plus vrai pour un hit international comme "She Loves You", sorti en 1963 qui déclenchera la "Beatlesmania". Pour ce titre, Paul McCartney avait imaginé un scénario où un ami joue les intermédiaires après une dispute de couple. L’anecdote raconte que son père, après avoir écouté la démo, lui aurait fait la remarque suivante : « C’est pas mal, mon fils, mais il y a déjà assez d’américanismes comme ça. Tu ne pourrais pas chanter She loves you, yes, yes, yes ? »

Heureusement, Paul n'a pas suivi le conseil et a conservé les fameux « Yeah ». La structure même du morceau est audacieuse : elle attaque directement par le refrain, sans introduction ni mise en bouche. Le groupe mise d'emblée sur une énergie brute, un choix radical pour garantir une efficacité maximale à la radio.

Ce thème est resté central dans les différentes adaptations françaises. En septembre 1963, après la séparation de Dick Rivers et des Chats Sauvages, Mike Shannon reprend le micro. Portés par le succès de "Derniers Baisers" fin 1962, ces "nouveaux" Chats Sauvages doivent confirmer leur statut : ils tentent le coup avec "Elle t'aime". Ils seront suivis par le chanteur belge d'origine flamande Jimmy Frey, dans son interprétation il y a quelques intonations qui rappellent parfois la voix de Johnny Hallyday. Nancy Holloway et Jackie Moulière s'y essaieront également...

Cependant, j'avoue que ces adaptations apparaissent aujourd'hui, un peu datées. Ce ne sont d'ailleurs pas elles qui motivent ma présentation actuelle. Il faut plutôt chercher du côté des relectures modernes : la version de Sonia Evans (2014) mérite réellement ses 2 min 47 d'écoute, tout comme celle de Sugarpie And The Candymen, excellente bien qu'elle soit couplée à Ticket To Ride ou encore celle de Rita Lee.

La version instrumentale sixties de Count Basie est également remarquable.

En résumé, pour ce titre, mieux vaut se tourner vers les reprises que vers les adaptations.

1963 Les Chat Sauvages Avec Mike Shannon - Elle t'aime

1963 Les Chat Sauvages Avec Mike Shannon - Elle t'aime

06 mars 2026

La Chanson de Marianne.

La chanson que je vous présente aujourd'hui est "The Sha La La Song" par Marianne Faithfull.

Le titre sort en 1965 sur son deuxième album studio, simplement intitulé Marianne Faithfull. À cette époque, elle est l'icône absolue du "Swinging London", portée par son image de jeune fille pure à la voix éthérée. C'était l'époque précédant son idylle avec Mick Jagger et sa rencontre avec la "poudre blanche", qui finiront par l'écarter de la scène pour un temps.

Derrière un refrain apparemment léger se cache une réelle nostalgie : la chanson évoque un amour perdu et la manière dont une simple mélodie peut raviver des souvenirs douloureux. Avec le recul, ce texte semble presque prémonitoire.

En France, c'est Marie Laforêt qui s'est approprié le titre avec l'adaptation "À demain my darling". Cependant, l'orchestration reste un ton en dessous de la version originale. Quant à la version de 1969 interprétée par la Québécoise Renée Martel, elle peine, également, à égaler le charme de l'original.

Verdict : Pour cette fois, je vote des deux mains pour Marianne ! Et vous ?

1965 Marie Laforêt - À Demain My Darling

02 mars 2026

Stupid Baby (Hommage à Neil)

En 1958, Neil Sedaka n'est pas encore la star internationale que l'on connaît. Il forme alors un duo de compositeurs avec son ami d'enfance, Howard Greenfield. À l'époque, ils cherchent désespérément à placer leurs chansons auprès d'artistes établis.

Connie Francis est alors la "reine de la pop" aux États-Unis, mais elle cherche un nouveau souffle après le succès de Who's Sorry Now?. Sedaka et Greenfield se rendent chez elle pour lui proposer des ballades romantiques. Ils lui jouent plusieurs morceaux au piano, mais Connie s'ennuie fermement ; elle les trouve trop "propres" et pas assez percutants. C'est à ce moment que Neil Sedaka, un peu dépité, décide de jouer un titre qu'il avait écrit pour un groupe de Doo-wop : un morceau beaucoup plus rythmé et léger intitulé "Stupid Cupid".

Sortie à l'été 1958, la version de Connie Francis devient un immense succès :

  • Elle atteint le Top 15 aux États-Unis.
  • Elle se classe Numéro 1 au Royaume-Uni pendant six semaines.
  • Elle propulse la carrière de Neil Sedaka en tant qu'auteur "bancable", lui permettant de lancer sa propre carrière de chanteur peu de temps après. Il enregistrera d'ailleurs sa propre version de "Stupid Cupid" l'année suivante sur son premier album.

Pendant ce temps, en France, le Rock n'en est qu'à ses balbutiements. Les pionniers s'appellent Mac Kac, Magali Noël, Henri "Salvador" Cording, Jacques Hélian ou encore Peb Roc. Cette année-là, quelques jeunes hommes tels que Claude Piron, Danyel Gérard, Gabriel Dalar ou Richard Anthony donnent un coup de fouet au genre.

C'est ainsi qu'en 1958, Richard Anthony adapte le tube de Connie... mais avec des paroles totalement différentes. La chanson devient "Betty Baby". Richard avait déjà cette oreille absolue pour repérer quel titre américain ferait un carton dans l'Hexagone ; "Betty Baby" fut son tout premier galop d'essai dans cet exercice.

Enfin selon mes connaissances, en 1966, Chantal Vallee chante "tu me plais". Cependant cette version est resté réservé aux grands espaces Canadiens. Au fil du temps, plusieurs versions ont retenu mon attention. Aujourd'hui, je vous conseille tout particulièrement celle de Robert Palmer, enregistrée en 2003.

1958 Richard Anthony - Betty Baby

1958 Richard Anthony - Betty Baby

27 février 2026

Pas de lait aujourd'hui !

Aujourd'hui, je vous propose de replonger dans un hit planétaire de la fin de l'année 1966. L’histoire commence avec un jeune homme de 18 ans, Graham Gouldman. Avant de devenir le pilier de 10cc, le prodige propose sa composition aux Hollies, qui refusent "No Milk Today". C’est finalement le groupe Herman’s Hermits, porté par son leader Peter Noone, qui s'en empare. Le succès est immédiat, lançant définitivement la carrière de Gouldman comme compositeur de génie.

L'inspiration lui est venue d'une image banale mais évocatrice : une bouteille de lait vide devant la maison de son père, accompagnée d'un petit mot : "Pas de lait aujourd'hui". Pour Gouldman, ce signe domestique devient le symbole d'une rupture : la maison n'est plus un foyer, car l'être aimé est parti.

Le jeu des adaptations : du lait au Beaujolais

Comme tout tube interplanétaire, "No Milk Today" a engendré une foule de reprises. Si certaines relèvent de l'opportunisme, d'autres constituent de véritables curiosités. Précisons toutefois que certaines de ces versions sont si rares que je ne les possède pas moi-même. (Deno et Garçons Boucher)

L'incontournable Frank Alamo (1967) : C’est sans doute la version la plus célèbre chez nous. Intitulée "À travers les carreaux", elle s'éloigne pourtant radicalement de l'histoire originelle de la bouteille de lait.

L’inédit de Dick Rivers : Enregistrée dès 1966, sa version est quasi identique à celle d'Alamo, à un détail près : il chante "barreaux" au lieu de "carreaux". Ce titre est resté dans les cartons jusqu'en 1999.

La parenthèse "Caribou" : On note la version d'Elsa Martinelli qui chantait "Non, pas ce soir" en 1967, ainsi que celle de Martine Deno qui proposait "L'amour s'en va" en 1972, une rareté destinée au public canadien.

Le virage punk-musette : En 1989, Les Garçons Bouchers signent une adaptation très "franchouillarde". Le texte détourne l’original avec humour : "Du Beaujolais pour oublier la nuit où est partie Marie...". Ici, le pinard remplace le lait pour noyer le chagrin.

La touche Henri Dès : Plus surprenant, le chanteur pour enfants a livré en 2005 une adaptation intitulée "Oh oui je sais" sur son album de reprises Polissongs.

Je vous laisse avec ces versions... en ayant pris soin d'écarter celles que j'abhorre mais vous les retrouverez dans le Lien !

Bonne écoute.

1967 Frank Alamo - A travers les carreaux

23 février 2026

On connait la Chanson Vol. 20

Déjà le 20e numéro de cette série « On Connaît La Chanson » !

Pour fêter ça, je vous ai préparé une sélection éclectique : 9 titres en français et un voyage musical à travers plusieurs autres langues.
Mon objectif ? Que chacun d'entre vous reparte avec au moins 3 ou 4 titres dans ses oreilles.

 Il devient de plus en plus difficile de surprendre votre curiosité au fil du temps, mais le défi est relevé !

Bonne écoute à tous.


21 février 2026

Je sais que tu ne peux pas trouver mieux ailleurs

1984 : Johnny Hallyday opère un retour radical aux sources du Rock’n’Roll. Sous l’impulsion d’Antoine de Caunes pour l'émission Les Enfants du Rock, il s'envole pour Nashville. Ce voyage donnera naissance à l’album Drôle de Métier, mais surtout à ce rock : "Je sais que tu ne peux pas trouver mieux ailleurs".

Ce titre est l’adaptation d'une obscure face B de Jeb Stuart datant de 1962, "I Betcha Gonna Like It". Pourtant, à l’écoute du piano omniprésent et frénétique, l’ombre d’un autre géant plane : celle de Jerry Lee Lewis. Le "Killer" avait lui-même gravé sa version en 1967, et la ressemblance avec celle de Johnny est frappante, malgré quasiment les vingt ans qui les séparent.

Pour Johnny Hallyday, ce morceau agit comme un véritable nettoyage d'oreilles après les dérives variétés des années précédentes. En 2008, les Showaddywaddy, toujours en activité à ce jour, enregistrent ce titre, le son est plus lourd mais le rythme est ralenti.


1984 Johnny Hallyday - Je sais que tu ne peux pas trouver mieux ailleurs

15 février 2026

Oh Carol, Oh Neil !

Je souhaite clore ce cycle consacré aux chansons de Neil Sedaka par l'un de ses plus grands succès. En 1959, toujours épris de Carol Klein, une amie qu'il fréquentait durant ses années de lycée, il écrit l'immortel "Oh! Carol". Comme le dit l'adage : malheureux en amour, heureux au... succès !

Avant ce titre, la carrière de Neil Sedaka battait de l'aile. Ses deux précédents singles avaient été des échecs commerciaux et sa maison de disques, RCA, menaçait même de rompre son contrat. Cette chanson fut son véritable "va-tout" et devint son premier Top 10 mondial.

Pourtant, ce triomphe n'eut pas l'effet escompté sur la principale intéressée. Devenue Carole King et suivant les conseils de son mari Gerry Goffin, elle lui répondit avec humour en enregistrant le titre "Oh! Neil". Sur la même mélodie, elle s'y moque gentiment de lui avec des paroles ironiques.

Paradoxalement, malgré l'immense popularité du morceau, les adaptations françaises restent peu nombreuses. En 1960, Claude Piron, l'un des pionniers du rock en France, adapte le titre dans notre langue. Sa maison de disques décide alors de faire évoluer son image pour surfer sur la vague des groupes de rock'n'roll : peu après, Claude Piron change de pseudonyme pour devenir le célèbre Danny Boy, accompagné de ses Pénitents.

En 1966, la chanson traverse à nouveau l'Atlantique pour devenir "Carole", interprétée par les Gendarmes au Canada.

Le succès de "Oh! Carol" fut phénoménal à l'étranger, notamment en Italie et en Espagne, incitant Neil Sedaka et bien d'autres artistes à multiplier les versions internationales. Je vous glisse quelques pépites à l'écoute à travers les époques... et quelques bonus supplémentaires via le lien pour les fans de Carol !

1960 Claude Piron - Oh Carol

09 février 2026

Sous les parapluies

Il y a quelque temps, je confessais ma méconnaissance de la discographie de Rika Zaraï... Et pour être honnête, c’est toujours un peu le cas !

Tout est parti d'un commentaire de "Tonton", qui a rafraîchi ma mémoire sur la carrière de Neil Sedaka. Il m'a rappelé que ce dernier avait opéré un retour fracassant au sommet des charts en 1974 avec cette ballade "Laughter In The Rain". Dès les premières notes du refrain, les souvenirs sont revenus en flèche.

La surprise fut totale lorsque je découvris qu'il existait une adaptation française de ce titre : "Sous les Parapluies", sortie en 1979.

On retrouve cette pépite sur l'album de Rika Zaraï intitulé Dad Li Di. Jusqu'ici, mon souvenir de ce disque se limitait à sa reprise de "Hallelujah" (le titre de Milk and Honey, vainqueur de l'Eurovision cette année-là).

Oubli réparé !

1979 Rika Zaraï - Sous les parapluies

06 février 2026

Laisse les parler

Quand cette chanson sort, Neil Sedaka est au sommet de sa première vague de succès. Cependant, l'année 1963 marque un tournant : c’est l’arrivée de la British Invasion (les Beatles, les Stones). Les artistes tel que Neil Sedaka ont commencé à paraître un peu dépassés. "Let The People Talk" est l'une de ses tentatives pour maintenir sa place dans les charts avant une longue traversée du désert.

En France, c'est Sophie qui découvre la chanson et l'adapte sans faire d'histoires. "Laisse Les Parler" sort donc en 1965 et sera sur l'autre face de son EP.

1965 Sophie - Laisse les Parler

1965 Sophie - Laisse les Parler

02 février 2026

Laisse entrer le Soleil

Laisse entrer le soleil, moi je suis d'accord ! mais la pluie tombe tombe et retombe... Bref ! C'est l'occasion idéale de se souvenir de Nicole Croisille, mais aussi de Richard Anthony.

En 1961 sort sur les ondes "Let the Sunshine In" de Teddy Randazzo... Non, je n'ai pas reçu un gros grêlon sur la tête ! La chanson homonyme qui surgira quelques années plus tard (celle de la comédie musicale Hair) n'a en fait rien à voir.

Les lecteurs les plus chevronnés — ou à barbe blanche, ou les deux ! — se souviennent sûrement de l'adaptation de Richard Anthony, alors au sommet de sa gloire : "Laisse entrer le ciel". Quelques semaines plus tard, c'est une nouvelle venue, Nicole Croisille, qui s'empare à son tour du titre.

À ma connaissance, Richard et Nicole partageront une autre chanson, "Ça tourne rond", avant que leurs carrières ne prennent des chemins différents... mais toujours sous le soleil !

Finalement ensoleillé cette sortie dans les Sixties ?

1961 Teddy Randazzo - Let The Sunshine In

1961 Teddy Randazzo - Let The Sunshine In

30 janvier 2026

Un coeur dans la nostalgie

Marty Balin était le cofondateur et l'une des voix emblématiques du groupe Jefferson Airplane, puis de Jefferson Starship. Au sein de Jefferson Airplane (1965-1971) il partage le chant avec Grace Slick. Il a écrit ou coécrit des classiques comme "Somebody to Love", "White Rabbit" et "Comin' Back to Me".

Après sa période Jefferson Starship, il sort un album solo en 1981 dans lequel nous trouvons le tube "Hearts". Une mélodie cool, pour l'époque qui ne laisse pas insensible Dalida. La même année elle chante alors "Nostalgie".

En 2023 Salvatore Adamo pour son album "in french please" la chanson ressurgit avec le titre : "Cœur mon cœur".

Marty Balin nous a quittés en septembre 2018 à l'âge de 76 ans.

Dalida - Nostalgie

Dalida - Nostalgie