26 juillet 2026

Comptine et Gros Sous

Déterrons une pépite de nos armoires à 45t ! Sorti en 1973, sort "Va Donc Voir Là-Bas Si J'Y Suis" de Marcel Zanini et son bob. À la première écoute, les amateurs de disco reconnaîtront immédiatement le thème mondialement connu du "Brown Girl in the Ring" de Boney M., sorti ... cinq ans plus tard en 1978 !

Mais d'où vient véritablement cet air entêtant ?

En creusant l'histoire du morceau, on découvre qu'il s'agit à l'origine d'une chanson enfantine traditionnelle des Caraïbes, vraisemblablement née en Jamaïque. Les enfants la chantaient lors d'un jeu de ronde : une fillette venait se placer au centre du cercle formé par ses camarades pour y exécuter une danse au rythme des instructions chantées par le groupe.

Comment cette comptine antillaise est-elle arrivée jusqu'à Marcel Zanini en 1973 ? 

Il faut remonter un an plus tôt, en 1972, lorsque l'artiste bahaméen Exuma (de son vrai nom Macfarlane Gregory Anthony Mackey) enregistre sa propre version de la chanson. Connu pour son style habité et ses influences spirituelles, Exuma est alors souvent comparé à Dr. John ou associé au vaudou. L'intéressé réfutait pourtant l'étiquette de sorcellerie, affirmant que son univers s'inspirait avant tout des rites de guérison de l'Obeah — une tradition spirituelle et médicinale afro-caribéenne. C'est très probablement cette interprétation habitée d'Exuma qui a soufflé à Zanini l'idée de son adaptation française.

Derrière l'innocence de la comptine se cache une guerre de droits d'auteur féroce. Frank Farian, le producteur de Boney M., s'est attribué les crédits des arrangements. Cependant, l'un des arrangeurs Peter Herbolzheimer et la chanteuse Liz Mitchell — qui avait déjà enregistré cette même chanson en 1975 avec le groupe Malcolm's Locks — ont contesté cette attribution. Cela a donné lieu à un procès marathon qui s'est étalé sur plus de deux décennies en Allemagne. Malheureusement je ne possède pas cette version.

19 juillet 2026

La chanson de la vie

En ce début des années 70, Paul Anka a mûri. Il délaisse les amourettes de jeunesse pour des textes plus introspectifs et philosophiques sur l'existence. En 1972, les paroles de "Life Song" s’ouvrent sur une mise en situation très intime :

"Last night in bed, I dreamt I was dead. I woke up and started to cry, I didn't want to die..."
(Hier soir au lit, j'ai rêvé que j'étais mort. Je me suis réveillé et j'ai commencé à pleurer, je ne voulais pas mourir...)

C'est une chanson construite comme une prise de conscience fulgurante après un cauchemar. Puisque la vie continue sans nous après notre mort, il faut vivre chaque minute à fond, profiter de sa famille et de ses proches.

Ce titre a une résonance toute particulière pour moi. Suite à un pépin de santé au début de l'année 2023, une relation professionnelle a débarqué à mon bureau la semaine dernière et m'a lancé une remarque pour le moins maladroite : "Ravi de constater que tu es encore vivant...". Au-delà de cette indélicatesse — D'autres furent plus douloureuses —, le choix de partager cette chanson aujourd'hui m'est apparu comme une évidence.

L'histoire de ce morceau ne s'arrête pas là. Dès 1978, Régine, avec le concours de la plume d'Eddy Marnay, chante "Seule dans un lit". Le thème de cette adaptation est un peu plus léger que l'original, offrant un costume sur mesure pour Régine qui a toujours joué sur cette dualité : l'ambianceuse festive des boîtes de nuit qui, une fois les projecteurs éteints, se retrouve face à elle-même.

L'année suivante, en 1979, Mireille Mathieu sort un album entièrement produit par Paul Anka, dans lequel elle adapte à son tour cette chanson avec de nouvelles paroles d'Eddy Marnay : "Parle à la vie". Pour la promotion de cet album Paul Anka s'est déplacé à Paris. Les deux stars ont multiplié les plateaux de télévision, notamment chez Michel Drucker, pour chanter leurs deux duos en live : Toi et moi et Comme avant. Les photographes s'en sont donné à cœur joie, immortalisant le crooner américain et la demoiselle d'Avignon attablés aux terrasses des cafés parisiens pour symboliser ces duos.

Pour ma part, je préfère l'adaptation de Régine : la voix y est plus énergique et l'orchestration bien plus recherchée.

1979 Mireille Mathieu – Parle à la vie

13 juillet 2026

Tu m'oublies

En 1982, le réalisateur Costa-Gavras sort son nouveau film "Missing". Le film plonge le spectateur dans l'horreur de la dictature militaire au Chili (bien que le contexte évoque plus largement les junte sud-américaines). L'histoire, intime et déchirante, suit la disparition d'un jeune journaliste américain (interprété par John Shea). Sa femme, campée par Sissy Spacek, et son beau-père, joué par le magistral Jack Lemmon, vont remuer ciel et terre pour découvrir une vérité que tout le monde cherche à étouffer.

Si ce film a marqué l'histoire du cinéma engagé, on se souvient parfois un peu moins de sa bande originale. Pourtant, elle est signée par le grand Vangelis, et sa mélodie principale a même été interprétée par le groupe culte The Shadows.

Deux ans plus tard, en 1984, le parolier de génie Tim Rice (à qui l'on doit Evita) pose des mots sur la musique de Vangelis. C'est la diva britannique Elaine Paige qui prête sa voix à cette version vocale.

En France, il aura fallu patienter deux ans de plus, en 1986, pour voir le morceau débarquer sur nos ondes. Et pour interpréter une œuvre de Vangelis en français, qui d'autre que son amie de longue date, Nana Mouskouri ?

Avec sa voix cristalline et toute la mélancolie nécessaire, elle s'approprie le titre qui devient chez nous "Tu m'oublies".

1986 Nana Mouskouri – Tu m'oublies

05 juillet 2026

Libérez le peuple

En cette année 1970, nous retrouvons le mythique duo Delaney & Bonnie avec le titre "Free the People". Entourés de leur célèbre bande d'amis, ils sortent cette chanson avant même la version de son autrice, la chanteuse Barbara Keith. Delaney & Bonnie étaient tellement respectés par leurs pairs que des géants comme Eric Clapton, George Harrison ou Jimi Hendrix ont tous, à un moment donné, endossé le rôle de faire-valoir de luxe au sein de leur groupe. Clapton a d'ailleurs souvent répété que Delaney & Bonnie était tout simplement « le meilleur groupe au monde » à cette période. Sur ce morceau, c'est le légendaire Jim Keltner (qui jouera plus tard avec John Lennon, Bob Dylan et les Traveling Wilburys) que l'on retrouve derrière la batterie.

Dans les années qui suivirent, cette superbe composition fut sublimée par les voix de Barbra Streisand, Jackie DeShannon, Melanie... et bien sûr de Barbara Keith elle-même.

Quant à la version française, elle est interprétée par Nicoletta sous le titre "Ouvre ton cœur". Malheureusement, cette adaptation paraît bien fade face aux interprétations anglo-saxonnes précédentes. L'orchestration s'éloigne grandement de l'original — qui lorgne subtilement vers le gospel et le rhythm & blues sudiste — pour glisser vers une variété française typique de l'époque, agrémentée d'un solo de trompette digne de Jean-Claude Borelly.

« Je n'ai jamais vu la lumière Briller depuis les livres de lois, Et je n'ai jamais vu un juge Capable de juger le cœur des fous. » ... « Libérez le peuple, laissez-le courir vers le soleil, vers le matin. Libérez le peuple, laissez le chercher le livre de sa propre conscience. »

1977 Nicoletta – Ouvre ton cœur

1977 Nicoletta – Ouvre ton cœur