13 mars 2026

Comment te dire

Je souhaite rebondir sur une publication de TonTon pour Les Chansons Perdues, qui présentait récemment un 45 tours de Jean-Marie Chapdelaine. Ce chanteur canadien m’était jusqu’alors inconnu. Pourtant, en 1968, il sort deux disques, dont celui proposé par TonTon où il interprète "Comment te dire". Sur la pochette, on voit apparaître le titre original anglais : "A man without love".

Pourtant, à l'origine, cette chanson est née en Italie pour le célèbre Festival de Sanremo 1968. C'est la chanteuse Anna Identici qui y interprète "Quando m'innamoro". Bien qu'elle n'ait terminé qu'à la sixième place du concours, le titre connaît un immense succès commercial, tant en Italie qu’à l'international.

C'est toutefois la version d’Engelbert Humperdinck, sortie la même année, qui propulse véritablement le morceau au sommet des charts mondiaux. Il est fascinant de noter le contraste entre ces deux versions : l'euphorie de la version italienne (la naissance de l'amour) s'oppose au sentiment d'isolement de la version anglaise (la vie sans amour). Les mystères de l'adaptation ! Le sens des paroles change radicalement l'émotion de base tout en gardant la même mélodie.

En France, la chanson a bien entendu été adaptée. C’est Joe Dassin qui, en 1968, interprète "Comment Te dire" (que l'on retrouve en face B du célèbre 45 tours Siffler sur la colline). Si, en 2026, cette version peut paraître quelque peu datée, la force de la mélodie reste intacte : la version d’Engelbert Humperdinck a d'ailleurs connu une seconde jeunesse en 2022 grâce à son utilisation dans la bande originale de la série Moon Knight (Marvel Studios).


1968 Joe Dassin - Comment te dire

1968 Joe Dassin - Comment te dire

10 mars 2026

Elle t'aime ... Yeah !

Adapter une chanson des Beatles en français est presque banal. C’est d’autant plus vrai pour un hit international comme "She Loves You", sorti en 1963 qui déclenchera la "Beatlesmania". Pour ce titre, Paul McCartney avait imaginé un scénario où un ami joue les intermédiaires après une dispute de couple. L’anecdote raconte que son père, après avoir écouté la démo, lui aurait fait la remarque suivante : « C’est pas mal, mon fils, mais il y a déjà assez d’américanismes comme ça. Tu ne pourrais pas chanter She loves you, yes, yes, yes ? »

Heureusement, Paul n'a pas suivi le conseil et a conservé les fameux « Yeah ». La structure même du morceau est audacieuse : elle attaque directement par le refrain, sans introduction ni mise en bouche. Le groupe mise d'emblée sur une énergie brute, un choix radical pour garantir une efficacité maximale à la radio.

Ce thème est resté central dans les différentes adaptations françaises. En septembre 1963, après la séparation de Dick Rivers et des Chats Sauvages, Mike Shannon reprend le micro. Portés par le succès de "Derniers Baisers" fin 1962, ces "nouveaux" Chats Sauvages doivent confirmer leur statut : ils tentent le coup avec "Elle t'aime". Ils seront suivis par le chanteur belge d'origine flamande Jimmy Frey, dans son interprétation il y a quelques intonations qui rappellent parfois la voix de Johnny Hallyday. Nancy Holloway et Jackie Moulière s'y essaieront également...

Cependant, j'avoue que ces adaptations apparaissent aujourd'hui, un peu datées. Ce ne sont d'ailleurs pas elles qui motivent ma présentation actuelle. Il faut plutôt chercher du côté des relectures modernes : la version de Sonia Evans (2014) mérite réellement ses 2 min 47 d'écoute, tout comme celle de Sugarpie And The Candymen, excellente bien qu'elle soit couplée à Ticket To Ride ou encore celle de Rita Lee.

La version instrumentale sixties de Count Basie est également remarquable.

En résumé, pour ce titre, mieux vaut se tourner vers les reprises que vers les adaptations.

1963 Les Chat Sauvages Avec Mike Shannon - Elle t'aime

1963 Les Chat Sauvages Avec Mike Shannon - Elle t'aime

06 mars 2026

La Chanson de Marianne.

La chanson que je vous présente aujourd'hui est "The Sha La La Song" par Marianne Faithfull.

Le titre sort en 1965 sur son deuxième album studio, simplement intitulé Marianne Faithfull. À cette époque, elle est l'icône absolue du "Swinging London", portée par son image de jeune fille pure à la voix éthérée. C'était l'époque précédant son idylle avec Mick Jagger et sa rencontre avec la "poudre blanche", qui finiront par l'écarter de la scène pour un temps.

Derrière un refrain apparemment léger se cache une réelle nostalgie : la chanson évoque un amour perdu et la manière dont une simple mélodie peut raviver des souvenirs douloureux. Avec le recul, ce texte semble presque prémonitoire.

En France, c'est Marie Laforêt qui s'est approprié le titre avec l'adaptation "À demain my darling". Cependant, l'orchestration reste un ton en dessous de la version originale. Quant à la version de 1969 interprétée par la Québécoise Renée Martel, elle peine, également, à égaler le charme de l'original.

Verdict : Pour cette fois, je vote des deux mains pour Marianne ! Et vous ?

1965 Marie Laforêt - À Demain My Darling

02 mars 2026

Stupid Baby (Hommage à Neil)

En 1958, Neil Sedaka n'est pas encore la star internationale que l'on connaît. Il forme alors un duo de compositeurs avec son ami d'enfance, Howard Greenfield. À l'époque, ils cherchent désespérément à placer leurs chansons auprès d'artistes établis.

Connie Francis est alors la "reine de la pop" aux États-Unis, mais elle cherche un nouveau souffle après le succès de Who's Sorry Now?. Sedaka et Greenfield se rendent chez elle pour lui proposer des ballades romantiques. Ils lui jouent plusieurs morceaux au piano, mais Connie s'ennuie fermement ; elle les trouve trop "propres" et pas assez percutants. C'est à ce moment que Neil Sedaka, un peu dépité, décide de jouer un titre qu'il avait écrit pour un groupe de Doo-wop : un morceau beaucoup plus rythmé et léger intitulé "Stupid Cupid".

Sortie à l'été 1958, la version de Connie Francis devient un immense succès :

  • Elle atteint le Top 15 aux États-Unis.
  • Elle se classe Numéro 1 au Royaume-Uni pendant six semaines.
  • Elle propulse la carrière de Neil Sedaka en tant qu'auteur "bancable", lui permettant de lancer sa propre carrière de chanteur peu de temps après. Il enregistrera d'ailleurs sa propre version de "Stupid Cupid" l'année suivante sur son premier album.

Pendant ce temps, en France, le Rock n'en est qu'à ses balbutiements. Les pionniers s'appellent Mac Kac, Magali Noël, Henri "Salvador" Cording, Jacques Hélian ou encore Peb Roc. Cette année-là, quelques jeunes hommes tels que Claude Piron, Danyel Gérard, Gabriel Dalar ou Richard Anthony donnent un coup de fouet au genre.

C'est ainsi qu'en 1958, Richard Anthony adapte le tube de Connie... mais avec des paroles totalement différentes. La chanson devient "Betty Baby". Richard avait déjà cette oreille absolue pour repérer quel titre américain ferait un carton dans l'Hexagone ; "Betty Baby" fut son tout premier galop d'essai dans cet exercice.

Enfin selon mes connaissances, en 1966, Chantal Vallee chante "tu me plais". Cependant cette version est resté réservé aux grands espaces Canadiens. Au fil du temps, plusieurs versions ont retenu mon attention. Aujourd'hui, je vous conseille tout particulièrement celle de Robert Palmer, enregistrée en 2003.

1958 Richard Anthony - Betty Baby

1958 Richard Anthony - Betty Baby