Pour la 300e chanson présentée, "Suspicious Minds" s'est naturellement imposée à mon esprit sans aucune méfiance !
Le titre est connu de tous et les versions se comptent par centaines ; les plus grands comme les plus obscurs se sont risqués sur la chanson. Bien qu'elle ait été composée en 1968 par Mark James, c'est évidemment par l'intermédiaire d'Elvis Presley que le public découvrira "Suspicious Minds".
La genèse de la chanson n'est pas une simple fiction. Le compositeur Mark James s'est inspiré de sa propre vie amoureuse tumultueuse : bien que marié, il éprouvait encore des sentiments profonds pour son amour de jeunesse, elle-même mariée de son côté. Sa femme de l'époque s'en doutait, créant une atmosphère lourde de suspicion à la maison. C'est ce sentiment d'être "pris au piège" dans une situation sans issue qui lui a inspiré le fameux refrain, composé tard dans la nuit alors qu'il jouait sur un pédalier d'orgue.
En janvier 1969, lors des sessions d'enregistrement mythiques aux American Sound Studios de Memphis,
Elvis
flashe immédiatement sur la chanson, bien que la version originale de Mark James l'année précédente ait été un échec commercial. Cependant, son redoutable manager, le Colonel Tom Parker, exige comme à son habitude que les droits d'édition de la chanson lui soient cédés. Les éditeurs refusent. Le Colonel menace alors d'annuler l'enregistrement de ce titre. Mais, pour une fois, Elvis, poussé par son instinct artistique, tient tête à son manager et impose le morceau.
Si l'on écoute attentivement la version d'Elvis, la chanson commence à s'estomper (fade-out) vers la fin, semblant se terminer, avant de remonter en volume (fade-in) pendant une quinzaine de secondes. Ce n'était pas une idée de génie musical, mais plutôt une petite guerre d'ego en studio ! Le producteur attitré d'Elvis chez RCA, Felton Jarvis, voyait d'un très mauvais œil que le King enregistre chez American Studios avec le producteur Chips Moman. Pour reprendre le contrôle sur le morceau, Jarvis a trafiqué la bande master en ajoutant ce fondu artificiel. Chips Moman décrira plus tard cette modification comme une "cicatrice" sur son travail. Malgré ce petit sabotage interne, le titre s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires et est devenu le 17e numéro 1 d'Elvis au sommet du Billboard Hot 100.
En 1973,
Johnny Hallyday
adapte le titre qui devient "Soupçons", tiré de l'album Insolitudes.
C'est aussi l'occasion de saluer la mémoire d'un bluesman français qui, dans la chaleur de l'été, s'en est allé : Patrick Verbeke avait adapté le titre en 1985 sous le nom de "Paris 450".
Enfin la version Canadienne est l'oeuvre de Johnny Farago en 1971 et le titre devient "Tu es devant moi".
Les versions suivantes proposées agaceront certains et donneront du plaisir à d'autres. Il y en a pour tous les goûts, de la country au disco en passant par la soul, avec parfois quelques détours par l'insipide.
Bref, je suis ravi d'être encore parmi vous pour ce 300e article. Aux débuts du blog, je ne pensais vraiment pas durer aussi longtemps !