En ce début des années 70, Paul Anka a mûri. Il délaisse les amourettes de jeunesse pour des textes plus introspectifs et philosophiques sur l'existence. En 1972, les paroles de "Life Song" s’ouvrent sur une mise en situation très intime :
"Last night in bed, I dreamt I was dead. I woke up and started to cry, I didn't want to die..."
(Hier soir au lit, j'ai rêvé que j'étais mort. Je me suis réveillé et j'ai commencé à pleurer, je ne voulais pas mourir...)
C'est une chanson construite comme une prise de conscience fulgurante après un cauchemar. Puisque la vie continue sans nous après notre mort, il faut vivre chaque minute à fond, profiter de sa famille et de ses proches.
Ce titre a une résonance toute particulière pour moi. Suite à un pépin de santé au début de l'année 2023, une relation professionnelle a débarqué à mon bureau la semaine dernière et m'a lancé une remarque pour le moins maladroite : "Ravi de constater que tu es encore vivant...". Au-delà de cette indélicatesse — D'autres furent plus douloureuses —, le choix de partager cette chanson aujourd'hui m'est apparu comme une évidence.
L'histoire de ce morceau ne s'arrête pas là. Dès 1978, Régine, avec le concours de la plume d'Eddy Marnay, chante "Seule dans un lit". Le thème de cette adaptation est un peu plus léger que l'original, offrant un costume sur mesure pour Régine qui a toujours joué sur cette dualité : l'ambianceuse festive des boîtes de nuit qui, une fois les projecteurs éteints, se retrouve face à elle-même.
L'année suivante, en 1979, Mireille Mathieu sort un album entièrement produit par Paul Anka, dans lequel elle adapte à son tour cette chanson avec de nouvelles paroles d'Eddy Marnay : "Parle à la vie". Pour la promotion de cet album Paul Anka s'est déplacé à Paris. Les deux stars ont multiplié les plateaux de télévision, notamment chez Michel Drucker, pour chanter leurs deux duos en live : Toi et moi et Comme avant. Les photographes s'en sont donné à cœur joie, immortalisant le crooner américain et la demoiselle d'Avignon attablés aux terrasses des cafés parisiens pour symboliser ces duos.
Pour ma part, je préfère l'adaptation de Régine : la voix y est plus énergique et l'orchestration bien plus recherchée.

