27 mai 2026

Lady...

En 1980, Lionel Richie termine l'écriture d'une chanson dans les toilettes du studio Concorde Recording Center. Il lui manque encore toutes les paroles du second couplet alors que Kenny Rogers l'attend déjà derrière le micro ! Une fois le texte achevé, Kenny peut enfin enregistrer ce qui deviendra son plus grand tube planétaire : Lady. C'est le premier titre des années 80 à figurer simultanément dans quatre classements majeurs du Billboard. En France, le morceau met plus de temps à s'imposer. Au printemps 1981, il n'atteint que la 33e place, mais parvient à se maintenir plus de 15 semaines dans le Top 100 des ventes.

Mireille Mathieu, qui a renoué avec le succès grâce à "Une femme amoureuse" l'année précédente, tente une nouvelle fois sa chance avec les adaptations. En 1981, c'est pourtant le titre "Promets-moi" qui est choisi pour sortir en 45 tours. Il faut écouter son album jusqu'au bout pour découvrir "L'Autre". Grâce à cette chanson, l'artiste profite une nouvelle fois de la vitrine médiatique des Carpentier en ce début d'années 80. Contrairement à la version originale, où le chanteur déclare son amour à sa "Lady", l'adaptation de Mireille Mathieu est plus mélancolique : elle y évoque une rivale, cette "autre" femme qui prend sa place dans le cœur de l'être aimé.

Le succès colossal de cette chanson, conjugué à celui d'"Endless Love" (son duo avec Diana Ross l'année suivante), précipitera le départ de Lionel Richie et mettra un terme à sa collaboration avec les Commodores. Ce n'est qu'en 1998 que Richie enregistrera sa propre version de "Lady" sur l'album Time. Enfin, en 1982 au Canada, le chanteur Patrick Norman choisira la simplicité en adaptant le titre sous le nom... de "Lady", conservant ainsi l'esprit du refrain original pour le public québécois.

A toutes les "Lady" ...


1980 Kenny Rogers – Lady

1980 Kenny Rogers – Lady

21 mai 2026

D.I.V.O.R.C.E

Après le mariage d'Antoine avec des doutes, malheureusement il faut envisager le "D-I-V-O-R-C-E"...

La chanson "D-I-V-O-R-C-E", sortie en 1968, est l'un des piliers de la musique country et le titre emblématique de Tammy Wynette. L'idée centrale du morceau repose sur une pratique universelle : épeler les mots devant les enfants pour leur cacher la réalité d'une conversation d'adultes. Une mère y explique que son mariage s'effondre ; elle épelle des termes comme T-O-Y (jouet) ou S-U-R-P-R-I-S-E pour préserver le bonheur de son fils de quatre ans, avant de finir par les mots cruels qu'elle ne peut plus dissimuler : D-I-V-O-R-C-E, C-U-S-T-O-D-Y (garde) et H-E-double L (l'enfer). À l'époque, le mot « Hell » était encore jugé trop vulgaire pour être prononcé tel quel de manière répétée à la radio.

Mais savez-vous que ce classique a succédé à une version nettement plus optimiste ? Le compositeur Bobby Braddock avait initialement imaginé une chanson où les lettres épelées formaient "I L-O-V-E Y-O-U". Selon les auteurs, cette mouture sonnait toutefois comme une publicité pour du savon. C'est le coauteur Curly Putman qui suggéra de transformer la mélodie du refrain pour la rendre plus pesante et mélancolique.

Bien que Tammy Wynette n'ait pas écrit le texte, sa propre vie a conféré au titre une authenticité poignante. Au moment de l'enregistrement, l'artiste avait déjà divorcé deux fois. Elle finira par se marier cinq fois au total, notamment avec la star George Jones — une union passionnelle et destructrice qui se soldera, elle aussi, par un divorce en 1975.

En France, une première adaptation voit le jour en 1976. Il s'agit en réalité de la reprise d'une parodie de l'humoriste écossais Billy Connolly, sortie l'année précédente, où les mots étaient épelés non pas pour un enfant, mais pour un chien. Si la version de Connolly fut numéro 1 au Royaume-Uni, Claude François en livra une adaptation française quelque peu indigeste intitulée "Les mots secrets". Force est de constater que l'humour britannique s'exporte parfois difficilement !

Il fallut patienter encore quelques années pour retrouver la gravité du thème original. En 1995, sur son magnifique album À nos beaux jours, Michèle Torr interprète "Divorce".

Cette chanson est devenue, dans la voix triste de nombreux et nombreuses interprètes vivant la même situation, leur ultime cri d'amour.

PS: j'ai volontairement omis les versions Québécoises de Mona et Michele Richard que je ne possède pas.

1976 Claude François – Les mots secrets

16 mai 2026

Le Mariage selon Antoine

Gilbert O'Sullivan incarne à merveille l'insouciance et le charme du début des années 70. Sa chanson "Matrimony", sortie fin 1971, s’inscrit pour nous, francophones, typiquement dans ce registre léger. Pourtant, contrairement à ce que son rythme enjoué laisse présumer, le texte raconte les déboires d'un couple pressé de gagner l'église pour se marier, tout en réalisant qu'ils sont sans le sou et que la cérémonie s'annonce chaotique. Avec sa coupe au bol, sa casquette d'inspiration 1900 et son piano de style "bastringue", Gilbert O'Sullivan cultive une allure singulière qui confère au morceau son caractère bondissant.

Le contraste est frappant avec l'artiste qui l'adapte en français ! Antoine conserve en effet sa chevelure longue et son style hippie lorsqu'il interprète "Avant de dire oui" en 1972. Les paroles françaises, signées Boris Bergman, respectent le thème du mariage mais mettent l'accent sur l'hésitation et l'effervescence du moment fatidique.

Paradoxalement, cette chanson est devenue un standard incontournable des sorties d'église et des vins d'honneur durant les années 70. Si, dans les deux versions, le choix peut paraître légèrement ironique — voire d'un goût douteux au vu du texte — force est de constater que, comme le veut l'adage : « là où il y a de la gêne, il n'y a pas de plaisir ! »

1972 Antoine – Avant de dire oui

11 mai 2026

Un grand Bruit venu de l'Illinois !

A la fin des années 30, Bob Haggart et Ray Bauduc, piliers du célèbre orchestre Bob Crosby's Bobcats, composent le mythique "Big Noise from Winnetka". Pendant plus de vingt ans, ce standard de jazz reste une prouesse purement instrumentale, célèbre pour son duo contrebasse et batterie.

Le destin du morceau bascule au début des années 60 quand la France s'en empare. Le parolier Pierre Saka décide de poser des mots sur cette mélodie bondissante. C'est d’abord Eddy Mitchell qui l'intègre à son répertoire sous le titre "Quand une fille me plaît". Quelques semaines plus tard, Nancy Holloway lui répond avec une version féminisée pleine de pep's : "Quand un garçon me plaît".

Amusé ou inspiré par ce succès européen, Bob Crosby finit par composer une version chantée en 1968, restée pourtant très confidentielle à l'époque. Il faudra attendre 1979 pour que la fantasque Bette Midler ne sorte le titre de la naphtaline pour le graver sur les sillons d'un 33 tours en pleine période Disco. L'année suivante il apparait sur la BO du Film "Divine Madness".

Contre toute attente, c'est en France que ce "Grand Bruit" venu de l'Illinois aura trouvé ses lettres de noblesse et son plus large public !

1963 Eddy Mitchell - Quand une fille me plaît

06 mai 2026

Le Boss reste le Boss

"Won't Get Fooled Again" est un hymne des Who qui a une histoire singulière. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce n'est pas un appel à la révolution, mais plutôt une mise en garde contre celle-ci. 1971 marque la fin du mouvement hippie et le début du désenchantement avec le départ de Janis Joplin, Jim Morrison, Jimi Hendrix, la séparation des Beatles, mais aussi avec les meurtres de Sharon Tate commandités par Charles Manson. C'est justement ce qui donne sa force au titre : c'est le bilan amer de l'échec des utopies des années 60.

La chanson devait être le point culminant de "Lifehouse", l'opéra-rock avorté de Pete Townshend. Townshend a écrit ce titre après avoir observé les mouvements contestataires de la fin des années 60. Son message est clair : "Renverser un dictateur pour le remplacer par un nouveau qui fera la même chose ne sert à rien." D'où la phrase : “Meet the new boss, same as the old boss.”

C'est l'un des premiers morceaux de rock à intégrer le synthétiseur au sein de l'orchestration. Pete Townshend a programmé celui-ci pour qu'il suive un rythme spécifique, sur lequel le groupe devait jouer en direct. Keith Moon s'éclate à la batterie ! même s'il était connu pour son jeu imprévisible, il devait rester parfaitement calé sur la machine.

Si le titre a marqué l'histoire du rock, il a trouvé une seconde vie inattendue en devenant le générique de la série "Les Experts : Miami", associée au geste iconique d'Horatio Caine mettant ses lunettes de soleil.

Il n'est pas étonnant de retrouver une adaptation du titre dans la discographie de Louis Bertignac, fan absolu des Who et de Pete Townshend. Sa version, intitulée "Ma Gueule", est sortie en 2018 sur l'album Origines. Il a fait le choix de supprimer le synthétiseur pour garder l'esprit pur du rock.

2018 Louis Bertignac – Ma gueule

2018 Louis Bertignac – Ma gueule

01 mai 2026

On Connait la Chanson (Vol 21)

Voilà le joli mois de Mai, ainsi que ce 21ème volume de la série "On Connaît la Chanson", fort heureusement, elle est autorisée par la législation du Travail. Je modifie la présentation de ces compils en supprimant les extraits musicaux et la pochette recto.

La sélection s'est imposée d'elle-même, avec une évidence rare. Une fois de plus, l’écoute de cet opus durant la rédaction a été un pur plaisir. Ce volume évite l'écueil des reprises trop entendues pour dénicher des interprétations qui possèdent une âme ou une histoire singulière.

Et pour vous ? Bonne écoute !